Au quotidien Hugo Filhol Au quotidien Hugo Filhol

Mal de dos : faut-il se reposer, ou bouger ?

Le repos strict n’est plus recommandé. Mais « bouger » ne veut pas dire forcer : ce que disent les données sur le dosage et la reprise progressive.

Au quotidien · 5 min de lecture

La question revient à presque chaque consultation, et la réponse a changé depuis une trentaine d’années. Le repos strict, longtemps conseillé, est aujourd’hui déconseillé. Mais « bouger » ne veut pas dire « forcer ».

Pourquoi le repos prolongé a été abandonné

Rester couché plusieurs jours en attendant que ça passe a été, pendant longtemps, le conseil standard. Il ne l’est plus. Les recommandations françaises comme britanniques disent aujourd’hui l’inverse : maintenir une activité adaptée, reprendre le travail et les gestes quotidiens aussi tôt que possible.

La raison est mécanique et psychologique à la fois. L’inactivité déconditionne vite : les muscles perdent en tolérance, les articulations en aisance, et le retour à la normale devient plus difficile. Surtout, l’immobilité installe une idée — « si je bouge, j’aggrave » — qui pousse à éviter de plus en plus de choses. C’est l’un des mécanismes les mieux documentés du passage d’une douleur aiguë à une douleur qui s’installe.

« Bouger », ça veut dire quoi exactement

Pas courir un semi-marathon le lendemain d’un lumbago. Le principe est celui d’une activité tolérable, régulière et progressive, plutôt que d’un effort ponctuel et héroïque.

  • Tolérable : une gêne pendant l’effort est acceptable si elle reste supportable et retombe dans les heures qui suivent. Une douleur qui vous met à plat le lendemain indique qu’on est allé trop loin.

  • Régulière : mieux vaut plusieurs séquences courtes réparties dans la journée qu’une seule longue. Se lever, marcher quelques minutes, changer d’appui.

  • Progressive : on augmente une variable à la fois — la durée, ou la charge, ou la vitesse. Jamais les trois ensemble.

Il n’existe pas de « bonne posture » à tenir, ni d’exercice universel. C’est la variété des positions et la régularité qui comptent, bien plus que la position idéale.

Ce que l’exercice apporte — et ce qu’il n’apporte pas

Une synthèse Cochrane de 2021, qui a rassemblé les essais disponibles sur l’exercice dans la lombalgie chronique, retrouve un bénéfice réel mais modeste : de l’ordre de 7 points sur une échelle de douleur de 0 à 100, et un gain comparable sur la fonction.

Modeste, mais réel

Aucune modalité d’exercice ne s’est montrée clairement supérieure aux autres. Ce qui compte davantage, c’est de trouver une activité que vous pouvez tenir dans le temps.

Ce chiffre mérite d’être connu : il évite deux erreurs symétriques. Croire que le mouvement va tout régler — il n’efface pas une douleur persistante — et croire qu’il ne sert à rien parce que la douleur est toujours là après trois séances.

Pendant une poussée : réduire sans tout arrêter

Une poussée douloureuse n’est pas forcément le signe d’une aggravation. La conduite raisonnable consiste à diminuer temporairement ce qui est trop irritant, à conserver les mouvements qui restent possibles, puis à revenir par paliers vers le niveau habituel.

Arrêter complètement, en revanche, rend la reprise plus difficile : la marche à franchir grandit à mesure que l’arrêt se prolonge.

Le travail assis, cas particulier ?

Rester assis huit heures d’affilée n’abîme pas le dos, contrairement à une idée répandue. Ce qui pèse, c’est l’immobilité prolongée — quelle que soit la position. Le meilleur siège du monde tenu trois heures sans bouger vaut moins qu’un siège moyen dans lequel on change régulièrement d’appui.

En pratique : se lever quelques minutes toutes les heures, varier les appuis, alterner assis et debout si c’est possible, et intercaler de courtes séquences de mouvement dans la journée. Ce sont des ajustements modestes, mais ils tiennent dans le temps — ce qui est précisément ce qu’on cherche.

Combien d’activité, dans l’idéal

L’Organisation mondiale de la santé recommande, pour un adulte, 150 à 300 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine, avec du renforcement deux fois par semaine — et précise que ces repères valent aussi en présence d’une maladie chronique, en adaptant.

Si vous en êtes loin, l’écart le plus utile n’est pas entre 0 et 150 minutes : c’est entre 0 et « un peu ». Commencer par ce qui est faisable cette semaine vaut mieux qu’un programme parfait abandonné au bout de dix jours.

Quand s’arrêter et demander un avis

Certaines situations ne relèvent pas de l’ajustement d’activité mais d’un avis médical : faiblesse qui s’installe dans une jambe ou un bras, troubles du contrôle des urines ou des selles, fièvre, perte de poids inexpliquée, traumatisme récent. La liste complète figure sur la page quand consulter un médecin.

Sources

  1. Hayden J.A. et al., Exercise therapy for chronic low back pain, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2021, CD009790.pub2. cochranelibrary.com

  2. Hayden J.A. et al., Exercise treatments for chronic low back pain: a network meta-analysis, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2023, CD015608.

  3. Organisation mondiale de la santé, Lignes directrices sur l’activité physique et la sédentarité, 2020.

  4. Haute Autorité de santé, Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune, fiche mémo, 2019.

  5. NICE, Low back pain and sciatica in over 16s, NG59, mise à jour 2026.

Cet article propose une information générale. Il ne constitue ni un diagnostic, ni un avis médical individualisé, ne garantit aucun résultat et ne remplace pas une consultation. En cas de symptôme inhabituel ou d’aggravation, l’avis médical prime ; en cas d’urgence, appelez le 15.

Lire la suite
Prévention Hugo Filhol Prévention Hugo Filhol

Pourquoi votre ostéopathe vous prend la tension

Une mesure au cabinet ne pose aucun diagnostic. Elle sert à repérer, et à vous renvoyer vers votre médecin au bon moment.

Prévention · 5 min de lecture

Cela surprend souvent : on vient pour une douleur d'épaule ou de dos, et on repart avec un brassard au bras. Ce n'est ni un excès de zèle, ni un empiétement sur le rôle du médecin. C'est un repérage — et il a une raison d'être précise.

Une maladie qui ne prévient pas

L'hypertension artérielle est la première cause de mortalité évitable dans le monde, et elle est longtemps silencieuse. On peut vivre des années avec des chiffres élevés sans le moindre symptôme, jusqu'à l'accident. En France, une part importante des personnes concernées l'ignore, et parmi celles qui le savent, beaucoup ne sont pas contrôlées.

Le problème n'est donc pas de traiter — les traitements existent et fonctionnent — mais de repérer. Or un cabinet d'ostéopathie voit régulièrement des personnes qui ne consultent leur médecin qu'épisodiquement, et qui viennent pour tout autre chose.

Ce que disent les recommandations européennes de 2024

La Société européenne de cardiologie a revu sa classification en 2024. Elle distingue désormais trois catégories, et introduit une zone intermédiaire qui n'existait pas sous cette forme.

120 / 70

En dessous de ces chiffres au cabinet, la pression est dite non élevée. Entre 120–139 et 70–89, elle est élevée : ce n'est pas encore une hypertension, mais cela justifie une surveillance et une attention aux facteurs de risque. À partir de 140/90, on parle d'hypertension.

Ces recommandations insistent aussi sur deux points qui concernent directement une consultation comme celle-ci. D'abord, une mesure isolée ne suffit pas : le diagnostic repose sur des mesures répétées, et de préférence en dehors du cabinet médical. Ensuite, elles soutiennent explicitement les approches pluriprofessionnelles, y compris le fait que d'autres professionnels que les médecins participent au repérage.

Ce que la mesure permet — et ce qu'elle ne permet pas

Prendre la tension au cabinet ne pose aucun diagnostic. Cela ne remplace ni votre médecin traitant, ni un suivi. Ce que cela permet, c'est plus modeste et plus utile qu'il n'y paraît :

  • constater un chiffre inhabituel et vous inviter à le refaire, au calme, à distance ;

  • situer une plainte dans son contexte — une douleur de mollet à la marche, une gêne thoracique à l'effort, une fatigue nouvelle ne se lisent pas de la même façon selon les facteurs de risque ;

  • écrire au médecin traitant, avec des chiffres, quand la situation le justifie.

Un chiffre élevé un jour donné ne veut pas dire « hypertension ». Le stress, la douleur, un café ou une course pour ne pas être en retard suffisent à faire monter les valeurs.

Les facteurs qui déplacent le curseur

Un même symptôme n'a pas la même valeur selon le terrain. Sont pris en compte : l'âge — après 50 ans chez l'homme, après la ménopause chez la femme —, le tabac, le diabète, un cholestérol élevé, l'obésité, la sédentarité, et les antécédents familiaux d'accident cardio-vasculaire précoce.

Ce n'est jamais un facteur isolé qui compte, mais leur accumulation. C'est ce qui fait qu'une douleur banale mérite parfois une question de plus.

Et si un chiffre est élevé ?

La conduite est simple, et volontairement peu spectaculaire : la mesure est refaite, aux deux bras, après quelques minutes de repos. Si elle reste élevée, il vous est conseillé de la reprendre chez vous ou en pharmacie sur plusieurs jours, puis d'en parler à votre médecin. Un écrit peut lui être adressé.

Il existe des situations où l'on n'attend pas : douleur thoracique, essoufflement inhabituel, déficit neurologique brutal, troubles de la parole ou de la vision. Là, on appelle le 15 — sans chercher à confirmer quoi que ce soit, et sans reprendre la séance.

Une démarche de territoire

Ce repérage n'est pas une initiative isolée. Hugo Filhol est membre de la CPTS de Suresnes, où se construit un projet d'amélioration du dépistage de l'hypertension chez les personnes présentant des facteurs de risque, et il forme des professionnels de santé — kinésithérapeutes, infirmiers, ostéopathes — au repérage des atteintes cardiaques, artérielles et veineuses en cabinet.

L'idée est la même à chaque échelle : multiplier les occasions de détecter tôt, sans jamais se substituer au médecin qui traite.

SOURCES

  1. McEvoy J.W. et al., 2024 ESC Guidelines for the management of elevated blood pressure and hypertension, European Heart Journal, 2024;45(38):3912. academic.oup.com

  2. American Heart Association, Orthostatic hypotension in adults with hypertension, scientific statement, Hypertension, 2024.

  3. American Heart Association, Elevated blood pressure in the acute care setting, scientific statement, Hypertension, 2024.

  4. Haute Autorité de santé, Prise en charge de l'hypertension artérielle de l'adulte, fiche mémo.

Cet article propose une information générale. Il ne constitue ni un diagnostic, ni un avis médical individualisé, ne garantit aucun résultat et ne remplace pas une consultation. En cas de symptôme inhabituel ou d'aggravation, l'avis médical prime ; en cas d'urgence, appelez le 15.

Lire la suite
Comprendre Hugo Filhol Comprendre Hugo Filhol

Trois mois : ce que veut dire, et ne veut pas dire, « douleur chronique »

Ce que veut dire — et ne veut pas dire — « douleur chronique ». Pourquoi la trajectoire compte plus que la date.

Comprendre · 6 min de lecture

C'est le seuil que l'on retrouve dans toutes les recommandations : au-delà de trois mois, une douleur est dite chronique. Le chiffre est utile pour organiser les soins. Il devient un problème quand il se transforme en étiquette.

D'où vient ce seuil

Trois mois, c'est la durée retenue par convention pour séparer une douleur aiguë — celle qui accompagne une lésion, une inflammation, un épisode — d'une douleur qui s'est installée. La Haute Autorité de santé la reprend dans son guide sur le parcours de la personne présentant une douleur chronique, publié en 2023 avec le Collège de la médecine générale et la Société française d'étude et de traitement de la douleur.

Ce repère sert à quelque chose de concret : il déclenche une évaluation plus large, il ouvre l'accès à certains parcours, il rappelle qu'au-delà d'un certain temps, continuer à traiter comme si c'était le premier jour n'a plus de sens.

Pourquoi il ne faut pas le lire comme un verdict

Un seuil est une frontière administrative tracée sur un phénomène continu. Dans la réalité d'un cabinet, on voit régulièrement des personnes qui vont nettement mieux au quatrième mois, et d'autres pour qui l'évolution mérite une attention bien avant la fin du troisième.

Le danger n'est pas le chiffre. C'est de se penser « chronique » — donc installé, donc figé — le jour où l'on franchit une date sur un calendrier.

Cette étiquette a un coût réel. Elle modifie ce que l'on s'autorise, ce que l'on demande, ce que l'on espère. Elle peut installer une prudence excessive, un renoncement à des activités qui restaient possibles, et une lecture pessimiste de chaque fluctuation.

Ce qui compte davantage que la durée

Une cohorte publiée dans JAMA Network Open en 2021 a suivi des personnes consultant en soins primaires pour une lombalgie aiguë, afin d'identifier ce qui prédit le passage à la chronicité. Les facteurs retrouvés ne sont pas ceux qu'on imagine : ce ne sont pas les images, c'est le contexte.

  • ce que vous avez déjà pu reprendre comme activités, et ce que vous évitez encore ;

  • la manière dont vous comprenez votre situation, et ce que vous craignez qu'elle devienne ;

  • le sommeil, la fatigue, la charge de travail, le contexte de vie ;

  • les épisodes antérieurs et la façon dont ils se sont résolus ;

  • la qualité des soins reçus lors de la phase aiguë.

Autrement dit : la trajectoire compte plus que la date. Une douleur qui dure depuis cinq mois mais qui laisse de plus en plus de marge n'a pas le même sens qu'une douleur de dix semaines qui restreint chaque jour un peu plus.

Ce que change une évaluation quand la douleur s'installe

Elle cesse de se résumer à l'intensité. On regarde ce que vous pouvez refaire, combien de temps vous le tolérez, comment vous récupérez ensuite. On cherche aussi les facteurs qui entretiennent la situation — évitement, suractivité en dents de scie, sommeil désorganisé, croyances inquiétantes — et les ressources déjà présentes.

Le plan qui en découle vise un cap fonctionnel décidé avec vous, découpé en étapes assez courtes pour être observables. Chaque étape se réévalue : si rien ne bouge, on change quelque chose plutôt que de répéter.

Le rôle de la relation, qui n'est pas un supplément d'âme

Une étude de cohorte parue dans JAMA Network Open en 2024 a comparé l'évolution de personnes souffrant de lombalgie chronique selon l'empathie qu'elles percevaient chez leur praticien. Celles qui décrivaient un praticien très empathique allaient mieux, sur la douleur comme sur la fonction, et l'écart persistait dans le temps.

Ce n'est pas une invitation à la gentillesse décorative. C'est un rappel que la façon dont une situation est écoutée, expliquée et décidée fait partie du soin — pas de son emballage.

Quand la coordination devient nécessaire

Certaines situations dépassent ce qu'un cabinet peut porter seul : douleur diffuse, retentissement important sur le sommeil et l'humeur, traitements multiples, isolement. Le médecin traitant reste le coordonnateur du parcours ; selon les cas, un kinésithérapeute, un psychologue, une activité physique adaptée ou une structure spécialisée de la douleur y trouvent leur place.

L'ostéopathie n'a pas vocation à remplacer ce parcours. Elle peut y contribuer — et, quand c'est utile, aider à l'enclencher.

SOURCES

  1. Haute Autorité de santé, Collège de la médecine générale, SFETD, Parcours de santé d'une personne présentant une douleur chronique, guide, 2023.

  2. Stevans J.M. et al., Risk factors associated with transition from acute to chronic low back pain in US patients seeking primary care, JAMA Network Open, 2021.

  3. Licciardone J.C. et al., Physician empathy and chronic pain outcomes, JAMA Network Open, 2024. doi:10.1001/jamanetworkopen.2024.6026

  4. Rizzo R.R.N. et al., Non-pharmacological and non-surgical treatments for low back pain in adults: an overview of Cochrane reviews, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2025.

Cet article propose une information générale. Il ne constitue ni un diagnostic, ni un avis médical individualisé, ne garantit aucun résultat et ne remplace pas une consultation. En cas de symptôme inhabituel ou d'aggravation, l'avis médical prime ; en cas d'urgence, appelez le 15.

Lire la suite
Comprendre Hugo Filhol Comprendre Hugo Filhol

Une IRM ne dit pas tout : ce que montrent vraiment les images du dos

Ce que montrent vraiment les images du dos — et pourquoi 96 % des personnes de 80 ans sans aucune douleur présentent une dégénérescence discale.

Comprendre · 5 min de lecture

Beaucoup de personnes arrivent en consultation avec un compte rendu d’imagerie à la main et une phrase en tête : « j’ai une hernie discale ». Ce que le compte rendu décrit est réel. Ce qu’il explique l’est beaucoup moins.

Ce que l’on voit chez des gens qui n’ont mal nulle part

C’est le point de départ, et il surprend souvent. En 2015, une équipe de radiologues a rassemblé trente-trois études portant sur 3 110 personnes qui ne souffraient de rien, puis a regardé ce que montraient leurs images du rachis.

37 % à 20 ans, 96 % à 80 ans

C’est la proportion de personnes sans aucune douleur chez qui l’imagerie retrouve une dégénérescence discale. Le bombement discal — le fameux « disque qui déborde » — passe lui de 30 % à 84 % sur la même tranche d’âge.

Autrement dit : la plupart de ces images décrivent un corps qui a vécu. Elles s’accumulent avec l’âge comme les cheveux gris, sans faire mal. Une anomalie visible sur une image ne suffit donc pas, à elle seule, à expliquer une douleur — et son absence ne prouve pas qu’il n’y a rien.

Cela ne veut évidemment pas dire que l’imagerie est inutile. Elle est indispensable dans certaines situations. Mais elle répond à une question précise, posée par un médecin, à un moment précis.

Pourquoi les recommandations freinent sur l’imagerie

En France, la Haute Autorité de santé est claire : devant une lombalgie commune, sans signe d’alerte, l’imagerie n’est pas systématique. Les recommandations britanniques du NICE, mises à jour en 2026, disent la même chose et proposent plutôt d’évaluer d’emblée le risque d’évolution défavorable.

Deux raisons à cela. La première est simple : un examen qui ne changera pas la décision n’apporte rien à la personne qui le passe. La seconde est moins intuitive — une image peut aggraver la situation. Lire « discopathie dégénérative sévère » sur un compte rendu installe une inquiétude, puis une prudence excessive, puis un évitement de certains mouvements. Ces trois choses, elles, entretiennent la douleur.

Le vocabulaire radiologique est descriptif, pas pronostique. « Dégénératif » signifie « qui porte des marques du temps », pas « qui va s’aggraver ».

Et la hernie discale, alors ?

C’est le mot qui inquiète le plus. Une hernie discale correspond à une partie du disque intervertébral qui fait saillie au-delà de sa position habituelle. Elle peut comprimer une racine nerveuse et provoquer une douleur qui descend dans la jambe ou le bras — c’est alors une situation qui s’examine sérieusement.

Mais on retrouve aussi des hernies chez des personnes qui ne ressentent rien, et une proportion notable d’entre elles régresse spontanément avec le temps. Le terme décrit donc une image, pas un pronostic. Ce qui oriente la conduite à tenir, c’est l’examen clinique : le trajet de la douleur, la sensibilité, la force, et l’évolution sur les semaines qui suivent.

Quand une imagerie est vraiment utile

Il existe des situations où elle s’impose, et où il ne faut pas la retarder :

  • en présence de signaux d’alerte — faiblesse qui s’installe, troubles du contrôle des urines ou des selles, fièvre, perte de poids inexpliquée, traumatisme récent, antécédent de cancer ;

  • lorsqu’une décision chirurgicale ou un geste spécifique est envisagé ;

  • lorsque la douleur ne suit pas la trajectoire attendue, change de nature, ou s’accompagne de symptômes nouveaux.

Dans tous les cas, c’est le médecin qui pose l’indication et qui interprète le résultat. Un ostéopathe ne prescrit pas d’imagerie et ne pose pas de diagnostic médical.

Comment lire un compte rendu sans s’alarmer

Quelques repères aident à remettre les mots à leur place. Le radiologue décrit ce qu’il voit, pas ce que vous ressentez : il n’a ni votre histoire, ni votre examen clinique. La corrélation entre ce qui apparaît sur une image et l’intensité d’une douleur est, en moyenne, faible. Et une image ne se relit pas isolément : elle prend son sens avec le reste du tableau clinique.

Concrètement, la question utile n’est pas « qu’est-ce qui est abîmé ? » mais « qu’est-ce que je peux faire aujourd’hui, et comment cela évolue-t-il ? ».

Ce qu’on en fait au cabinet

Quand vous arrivez avec un compte rendu, il est lu — mais il n’est pas le point de départ. L’entretien et l’examen clinique servent à comprendre le contexte, à repérer ce qui relèverait d’un avis médical, et à identifier ce qui modifie réellement vos symptômes : les positions, les activités, le sommeil, la charge de travail, l’inquiétude.

Le plan qui en découle porte sur ce qui est modifiable. Une image, elle, ne l’est pas.

Sources

  1. Brinjikji W. et al., Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations, American Journal of Neuroradiology, 2015;36(4):811-816. ajnr.org

  2. Haute Autorité de santé, Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune, fiche mémo, 2019.

  3. NICE, Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management, NG59, mise à jour du 29 juillet 2026. nice.org.uk

  4. Lin I. et al., What does best practice care for musculoskeletal pain look like?, British Journal of Sports Medicine, 2019.

Cet article propose une information générale. Il ne constitue ni un diagnostic, ni un avis médical individualisé, ne garantit aucun résultat et ne remplace pas une consultation. En cas de symptôme inhabituel ou d’aggravation, l’avis médical prime ; en cas d’urgence, appelez le 15.

Lire la suite