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Trois mois : ce que veut dire, et ne veut pas dire, « douleur chronique »

Ce que veut dire — et ne veut pas dire — « douleur chronique ». Pourquoi la trajectoire compte plus que la date.

Comprendre · 6 min de lecture

C'est le seuil que l'on retrouve dans toutes les recommandations : au-delà de trois mois, une douleur est dite chronique. Le chiffre est utile pour organiser les soins. Il devient un problème quand il se transforme en étiquette.

D'où vient ce seuil

Trois mois, c'est la durée retenue par convention pour séparer une douleur aiguë — celle qui accompagne une lésion, une inflammation, un épisode — d'une douleur qui s'est installée. La Haute Autorité de santé la reprend dans son guide sur le parcours de la personne présentant une douleur chronique, publié en 2023 avec le Collège de la médecine générale et la Société française d'étude et de traitement de la douleur.

Ce repère sert à quelque chose de concret : il déclenche une évaluation plus large, il ouvre l'accès à certains parcours, il rappelle qu'au-delà d'un certain temps, continuer à traiter comme si c'était le premier jour n'a plus de sens.

Pourquoi il ne faut pas le lire comme un verdict

Un seuil est une frontière administrative tracée sur un phénomène continu. Dans la réalité d'un cabinet, on voit régulièrement des personnes qui vont nettement mieux au quatrième mois, et d'autres pour qui l'évolution mérite une attention bien avant la fin du troisième.

Le danger n'est pas le chiffre. C'est de se penser « chronique » — donc installé, donc figé — le jour où l'on franchit une date sur un calendrier.

Cette étiquette a un coût réel. Elle modifie ce que l'on s'autorise, ce que l'on demande, ce que l'on espère. Elle peut installer une prudence excessive, un renoncement à des activités qui restaient possibles, et une lecture pessimiste de chaque fluctuation.

Ce qui compte davantage que la durée

Une cohorte publiée dans JAMA Network Open en 2021 a suivi des personnes consultant en soins primaires pour une lombalgie aiguë, afin d'identifier ce qui prédit le passage à la chronicité. Les facteurs retrouvés ne sont pas ceux qu'on imagine : ce ne sont pas les images, c'est le contexte.

  • ce que vous avez déjà pu reprendre comme activités, et ce que vous évitez encore ;

  • la manière dont vous comprenez votre situation, et ce que vous craignez qu'elle devienne ;

  • le sommeil, la fatigue, la charge de travail, le contexte de vie ;

  • les épisodes antérieurs et la façon dont ils se sont résolus ;

  • la qualité des soins reçus lors de la phase aiguë.

Autrement dit : la trajectoire compte plus que la date. Une douleur qui dure depuis cinq mois mais qui laisse de plus en plus de marge n'a pas le même sens qu'une douleur de dix semaines qui restreint chaque jour un peu plus.

Ce que change une évaluation quand la douleur s'installe

Elle cesse de se résumer à l'intensité. On regarde ce que vous pouvez refaire, combien de temps vous le tolérez, comment vous récupérez ensuite. On cherche aussi les facteurs qui entretiennent la situation — évitement, suractivité en dents de scie, sommeil désorganisé, croyances inquiétantes — et les ressources déjà présentes.

Le plan qui en découle vise un cap fonctionnel décidé avec vous, découpé en étapes assez courtes pour être observables. Chaque étape se réévalue : si rien ne bouge, on change quelque chose plutôt que de répéter.

Le rôle de la relation, qui n'est pas un supplément d'âme

Une étude de cohorte parue dans JAMA Network Open en 2024 a comparé l'évolution de personnes souffrant de lombalgie chronique selon l'empathie qu'elles percevaient chez leur praticien. Celles qui décrivaient un praticien très empathique allaient mieux, sur la douleur comme sur la fonction, et l'écart persistait dans le temps.

Ce n'est pas une invitation à la gentillesse décorative. C'est un rappel que la façon dont une situation est écoutée, expliquée et décidée fait partie du soin — pas de son emballage.

Quand la coordination devient nécessaire

Certaines situations dépassent ce qu'un cabinet peut porter seul : douleur diffuse, retentissement important sur le sommeil et l'humeur, traitements multiples, isolement. Le médecin traitant reste le coordonnateur du parcours ; selon les cas, un kinésithérapeute, un psychologue, une activité physique adaptée ou une structure spécialisée de la douleur y trouvent leur place.

L'ostéopathie n'a pas vocation à remplacer ce parcours. Elle peut y contribuer — et, quand c'est utile, aider à l'enclencher.

SOURCES

  1. Haute Autorité de santé, Collège de la médecine générale, SFETD, Parcours de santé d'une personne présentant une douleur chronique, guide, 2023.

  2. Stevans J.M. et al., Risk factors associated with transition from acute to chronic low back pain in US patients seeking primary care, JAMA Network Open, 2021.

  3. Licciardone J.C. et al., Physician empathy and chronic pain outcomes, JAMA Network Open, 2024. doi:10.1001/jamanetworkopen.2024.6026

  4. Rizzo R.R.N. et al., Non-pharmacological and non-surgical treatments for low back pain in adults: an overview of Cochrane reviews, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2025.

Cet article propose une information générale. Il ne constitue ni un diagnostic, ni un avis médical individualisé, ne garantit aucun résultat et ne remplace pas une consultation. En cas de symptôme inhabituel ou d'aggravation, l'avis médical prime ; en cas d'urgence, appelez le 15.

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Une IRM ne dit pas tout : ce que montrent vraiment les images du dos

Ce que montrent vraiment les images du dos — et pourquoi 96 % des personnes de 80 ans sans aucune douleur présentent une dégénérescence discale.

Comprendre · 5 min de lecture

Beaucoup de personnes arrivent en consultation avec un compte rendu d’imagerie à la main et une phrase en tête : « j’ai une hernie discale ». Ce que le compte rendu décrit est réel. Ce qu’il explique l’est beaucoup moins.

Ce que l’on voit chez des gens qui n’ont mal nulle part

C’est le point de départ, et il surprend souvent. En 2015, une équipe de radiologues a rassemblé trente-trois études portant sur 3 110 personnes qui ne souffraient de rien, puis a regardé ce que montraient leurs images du rachis.

37 % à 20 ans, 96 % à 80 ans

C’est la proportion de personnes sans aucune douleur chez qui l’imagerie retrouve une dégénérescence discale. Le bombement discal — le fameux « disque qui déborde » — passe lui de 30 % à 84 % sur la même tranche d’âge.

Autrement dit : la plupart de ces images décrivent un corps qui a vécu. Elles s’accumulent avec l’âge comme les cheveux gris, sans faire mal. Une anomalie visible sur une image ne suffit donc pas, à elle seule, à expliquer une douleur — et son absence ne prouve pas qu’il n’y a rien.

Cela ne veut évidemment pas dire que l’imagerie est inutile. Elle est indispensable dans certaines situations. Mais elle répond à une question précise, posée par un médecin, à un moment précis.

Pourquoi les recommandations freinent sur l’imagerie

En France, la Haute Autorité de santé est claire : devant une lombalgie commune, sans signe d’alerte, l’imagerie n’est pas systématique. Les recommandations britanniques du NICE, mises à jour en 2026, disent la même chose et proposent plutôt d’évaluer d’emblée le risque d’évolution défavorable.

Deux raisons à cela. La première est simple : un examen qui ne changera pas la décision n’apporte rien à la personne qui le passe. La seconde est moins intuitive — une image peut aggraver la situation. Lire « discopathie dégénérative sévère » sur un compte rendu installe une inquiétude, puis une prudence excessive, puis un évitement de certains mouvements. Ces trois choses, elles, entretiennent la douleur.

Le vocabulaire radiologique est descriptif, pas pronostique. « Dégénératif » signifie « qui porte des marques du temps », pas « qui va s’aggraver ».

Et la hernie discale, alors ?

C’est le mot qui inquiète le plus. Une hernie discale correspond à une partie du disque intervertébral qui fait saillie au-delà de sa position habituelle. Elle peut comprimer une racine nerveuse et provoquer une douleur qui descend dans la jambe ou le bras — c’est alors une situation qui s’examine sérieusement.

Mais on retrouve aussi des hernies chez des personnes qui ne ressentent rien, et une proportion notable d’entre elles régresse spontanément avec le temps. Le terme décrit donc une image, pas un pronostic. Ce qui oriente la conduite à tenir, c’est l’examen clinique : le trajet de la douleur, la sensibilité, la force, et l’évolution sur les semaines qui suivent.

Quand une imagerie est vraiment utile

Il existe des situations où elle s’impose, et où il ne faut pas la retarder :

  • en présence de signaux d’alerte — faiblesse qui s’installe, troubles du contrôle des urines ou des selles, fièvre, perte de poids inexpliquée, traumatisme récent, antécédent de cancer ;

  • lorsqu’une décision chirurgicale ou un geste spécifique est envisagé ;

  • lorsque la douleur ne suit pas la trajectoire attendue, change de nature, ou s’accompagne de symptômes nouveaux.

Dans tous les cas, c’est le médecin qui pose l’indication et qui interprète le résultat. Un ostéopathe ne prescrit pas d’imagerie et ne pose pas de diagnostic médical.

Comment lire un compte rendu sans s’alarmer

Quelques repères aident à remettre les mots à leur place. Le radiologue décrit ce qu’il voit, pas ce que vous ressentez : il n’a ni votre histoire, ni votre examen clinique. La corrélation entre ce qui apparaît sur une image et l’intensité d’une douleur est, en moyenne, faible. Et une image ne se relit pas isolément : elle prend son sens avec le reste du tableau clinique.

Concrètement, la question utile n’est pas « qu’est-ce qui est abîmé ? » mais « qu’est-ce que je peux faire aujourd’hui, et comment cela évolue-t-il ? ».

Ce qu’on en fait au cabinet

Quand vous arrivez avec un compte rendu, il est lu — mais il n’est pas le point de départ. L’entretien et l’examen clinique servent à comprendre le contexte, à repérer ce qui relèverait d’un avis médical, et à identifier ce qui modifie réellement vos symptômes : les positions, les activités, le sommeil, la charge de travail, l’inquiétude.

Le plan qui en découle porte sur ce qui est modifiable. Une image, elle, ne l’est pas.

Sources

  1. Brinjikji W. et al., Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations, American Journal of Neuroradiology, 2015;36(4):811-816. ajnr.org

  2. Haute Autorité de santé, Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune, fiche mémo, 2019.

  3. NICE, Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management, NG59, mise à jour du 29 juillet 2026. nice.org.uk

  4. Lin I. et al., What does best practice care for musculoskeletal pain look like?, British Journal of Sports Medicine, 2019.

Cet article propose une information générale. Il ne constitue ni un diagnostic, ni un avis médical individualisé, ne garantit aucun résultat et ne remplace pas une consultation. En cas de symptôme inhabituel ou d’aggravation, l’avis médical prime ; en cas d’urgence, appelez le 15.

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